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Afrique : La gestion sécurisée des pesticides

L’avis d’un expert

Peut-on se passer des pesticides de synthèse et basculer du jour au lendemain vers les pesticides biologiques et les pratiques agroécologiques ? C’est à cette épineuse question qu’a tenté de répondre Bertrand Mathieu, chargé de programme à Agronome et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF), dans le sillage de la parution du guide sur les alternatives à ces produits chimiques réputés toxiques et cancérigènes.  Ledit document promeut la lutte biologique et une meilleure connaissance des ravageurs et auxiliaires afin de mettre en place une stratégie de protection des cultures sans pesticides chimiques. Lecture.

Qui sont les usagers des pesticides chimiques dans les pays du Sud ?

La réponse varie selon les situations. Lorsqu’on produit, à grande ou moyenne échelle, des cultures marchandes ou d’exportation comme le coton, le café et les fruits, on est généralement plus orienté vers l’utilisation des pesticides chimiques. Mais en réalité, les agriculteurs ont très peu conscience des risques et des dangers liés à l’usage de ces produits. C’est le cas des maraîchers et des agriculteurs qui traitent leur jardin et leur champ, sans aucune connaissance préalable des bonnes pratiques agricoles et sans équipement de protection individuelle comme des bottes, les gants et les masques.

Il y en a qui ne connaissent pas les dosages à appliquer parce qu’ils ne savent pas lire les étiquettes ou encore, ils interprètent mal les informations qui y sont affichées. Il y a aussi très peu d’informations sur les modes d’emploi, l’adéquation entre le produit utilisé et le symptôme, ainsi que le problème qu’on souhaite résoudre réellement.

Il y a aussi le problème de stockage dans les maisons. Il n’y a pas d’endroit indiqué et sécurisé pour stocker ces pesticides. On a aussi les problèmes liés à la gestion des emballages qui ne sont pas systématiquement détruits. Parfois, ils sont recyclés pour usage domestique, pour le transport de l’eau, du lait avec les risques de consommer des résidus de matières chimiques nocifs. Un des aspects préoccupants, c’est l’utilisation de pesticides qui a augmenté de 80% depuis 30 ans dans le monde et plus précisément en Afrique du Sud. Il y a une étude qui révèle qu’entre 2000 et 2015, la consommation de pesticide a été multipliée par huit. On se tend vers une situation d’aggravation des conditions d’usage des pesticides.

Dans beaucoup de pays en développement, on constate très peu de contrôle aux frontières, qui ne sont pas souvent très strictes. Des produits de contrefaçon issus des trafics, sont ainsi importés illégalement dans des pays. Ailleurs, ce sont des produits reconnus très toxiques et nocifs, soit pour la santé humaine ou pour l’environnement, et de ce fait, bannis dans certains pays européens, mais qui continuent à être produits et exportés vers des pays peu regardant sur les règles d’homologation et de contrôle. 

Quelles sont les conséquences dans ces cas ?

Cela se répercute directement sur la santé des paysans et de leurs familles. Lors d’une étude au Mali, on a recensé en 2017, dans une zone cotonnière à Kidal, six cas d’intoxication aigües qui ont abouti aux décès des personnes. Ce genre de drame se multiplie à l’échelle mondiale. Des études plus poussées révèlent qu’il y a une aggravation des cas d’intoxications aigues non intentionnelles liées aux pesticides.

La FAO estime à 44% le taux annuel d’intoxication de la population agricole avec un cas d’incidence très élevé au Burkina Faso, avec 84% de la population agricole affectée par une intoxication annuelle. Des chiffres qui relèvent de la santé publique. Il y a du travail à faire sur la réduction rapide sur le marché de la quantité des pesticides très toxiques. Il est à signaler également les conséquences de beaucoup de produits sur l’environnement et la biodiversité, à travers des traitements répétitifs sur des années, plusieurs fois, pendant la même campagne.

Une des répercussions négatives majeures de ce phénomène chez certains agriculteurs, est l’augmentation des charges de production. Ce qui peut conduire, dans certains cas, à des endettements puisque lorsqu’on prend le cas d’une culture marchande comme le coton, on récolte des produits qui sont fournis à crédit en début de campagne. Même si la campagne agricole n’est pas bonne, l’agriculteur doit quand même rembourser.  

Quelles sont les alternatives aux pesticides ?

On a, d’une part, des solutions préventives notamment des pratiques culturales qui contribuent à la prévention des infestations, à la limitation des attaques des ravageurs. La rotation de même que les associations des cultures nous permettent de rompre le cycle de multiplication des ravageurs. Il faut s’assurer aussi d’avoir un mélange de variétés et d’espèces et s’approvisionner en semences améliorées et en plants sains.

Dans le cas de l’agroécologie, on peut recourir aux pesticides naturels, les biopesticides qui sont préparés à base de plantes et d’ingrédients disponibles au niveau local, à des coûts beaucoup plus réduits. Selon les préparations et les plantes utilisées, des précautions sont, néanmoins, à prendre parce qu’il y a certaines plantes insecticides comme le neem qui a des propriétés insecticides reconnues mais, dégagent aussi une forte toxicité, en cas de forte concentration dans les préparations.

Comment ces alternatives améliorent-elles la vie des paysans ?

On a les effets qui sont évidents sur la santé des paysans et des familles. Certains producteurs reconnaissent qu’ils ont changé parce qu’ils voulaient faire beaucoup plus attention à leur santé et celle de leurs proches.

Dans certains périmètres maraîchers en Afrique subsaharienne, il y a des femmes qui, collectivement, ont décidé de renoncer à l’usage des pesticides chimiques et cela leur permet, par exemple, d’aller travailler dans leur jardin avec leurs enfants.

Bien évidemment, les traitements alternatifs sont sources d’amélioration du régime alimentaire, de diversités des produits alimentaires. Ce qui diminue les risques d’exposition et d’ingestion de résidus de produits chimiques.  Ce qui peut inciter les agriculteurs à persister dans la transition agroécologique et produire de manière plus saine, puis ramener un producteur ou même, des groupes de producteurs, à chercher à mieux valoriser ses produits sur le marché, à s’organiser pour mieux vendre, donc cela peut aussi générer des effets sûrs.

Quel est l’objectif du guide « L’agroécologie pour sortir des pesticides » ?

L’objectif de ce manuel, c’est de former les techniciens, les agriculteurs etc., sur les risques liés à l’usage de pesticides chimiques, leur faire prendre conscience de toutes les conséquences néfastes de cet usage sur leur santé et l’environnement et enfin, montrer toutes les alternatives agroécologiques qui existent et qui sont efficaces. Ainsi, c’est une boite à outils qui va donner de la matière aux techniciens aux formateurs pour élaborer et adapter le contenu de leur formation, selon les contextes, et l’usage des pesticides qui peuvent être très variables selon les pays.

Interview transcrite par Birénam KODO

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