Région des Savanes : Une solution contre l’exode rural

L’apiculture comme activité d’avenir pour les jeunes agriculteurs

Méconnue dans la plupart des régions du Togo, l’apiculture est une activité génératrice de revenus dans le grand Nord puisqu’elle contribue au développement de l’économie locale et à la lutte contre l’exode rural avec, à la clé, l’enrôlement des jeunes agriculteurs qui se sont, au fur et à mesure, constitués en coopérative. Elle offre également une alternative aux populations vivant près des aires protégées et participe directement à la protection de celles-ci.

Valorisation et protection des ressources naturelles

Les jeunes qui ne pouvaient pas s’aventurer vers le Ghana, la Côte-d’Ivoire ou vers le Sud du Togo, s’installaient souvent au bord de la route pour vendre du bois coupé dans la forêt. Cette activité faisait disparaitre des espèces. Et rien n’indique que le néré et le karité (deux espèces d’importance) ne connaitront pas le même sort d’un jour à l’autre. Il faut donc enrichir la forêt au lieu de la détruire. Raison pour laquelle nous faisons le nécessaire pour amener les jeunes à rechercher autrement de l’argent dans la forêt“.

Ces propos illustrent les préoccupations d’un responsable d’organisation de développement basée à Dapaong qui a décidé d’orienter des jeunes à travers la formation en apiculture c’est-à-dire l’élevage des abeilles. “Nous avons appris aux jeunes ruraux à se regrouper pour produire du miel de qualité sans tuer les abeilles, sans abattre des arbres ; et nous leur avons proposé de nous vendre ce miel à bon prix “. Au fil du temps, des femmes ont aussi intégré les groupes constitués, précise le coordonnateur de l’Association « Gestion de l’Environnement et Valorisation des Produits Agropastoraux et Forestiers (GEVAPAF) », Tadalenga Yatombo.

En plus de la formation apicole, les femmes ont dû bénéficier d’appuis pour cultiver des produits maraichers pour gagner rapidement de l’argent, ajoute M. Yatombo.

Formation, appui et suivi

Quarante ruches ont été mises à la disposition des postulants, et la quantité de la première récolte de miel à l’époque, en 2014, s’élevait à plus de deux cent (200) litres, soit l’équivalent de trois cent mille (300 000) francs CFA, réglé par la GEVAPAF. Suite à des pertes occasionnées par l’introduction de l’eau dans certaines ruches, les membres des coopératives ont demandé et obtenu quatre-vingt (80) nouvelles ruches pour récolter six cent (600) litres de miel en 2019, à raison de trois mille cinq cent (3 500) francs/litre, alors que le prix initial était fixé à 1 500 francs deux ans plus tôt.

Basée à Dapaong dans la région des Savanes, la GEVAPAF, spécialisée dans la promotion de la filière agropastorale, a expérimenté des projets apicoles réussis avec des coopératives dans plusieurs villages de Kpendjal (Naki-Est, Katégli, Natchabomga, Djayiéga, Bouldjoaré, Nyanle) de la préfecture de Kpendjal. La formation sur place des populations ciblés est proche de leur réalité quotidienne, alternant les cours théoriques et les méthodes pratiques des jeunes “entrepreneurs ruraux”.

Une fois formés et appuyés, les jeunes agriculteurs des villages précités ont mis sur pied une filière de production de miel à l’échelle régionale, avec un conditionnement appréciable. Pour beaucoup de ces jeunes paysans, ressortissants de la région de Kpendjal, l’apiculture est une manière intéressante de diversifier nos revenus sans pour autant devoir investir des sommes importantes ou y consacrer des terres agricoles. “L’apprentissage de l’apiculture nous permet d’augmenter les revenus de nos futures exploitations agricoles“.

Une activité porteuse d’espoir

Parfois désœuvrés, ces jeunes, peu ou pas qualifiés, étaient contraints de se tourner vers des activités souvent précaires et peu productives (vente de bois mort ou coupe de branches d’arbres) pour satisfaire leurs besoins financiers. La plupart d’entre eux quittent souvent les exploitations agropastorales dites « de subsistance » pour s’aventurer vers d’autres cieux, à la recherche de meilleures terres.

A présent, ils se sont mis en coopératives pour bénéficier à plein temps des formations adaptés au contexte local, du suivi et d’équipements appropriés. 

La GEVAPAF a formé et équipé, en six ans, près de deux cent jeunes ruraux qui ont créé leurs propres “coopératives d’apiculteurs” rurales en associant l’agriculture, l’élevage et la foresterie.

Le potentiel apicole dans la préfecture du Kpendjal est palpable. Grâce à leurs ruches, les jeunes peuvent significativement augmenter leurs revenus, en dehors de leurs activités agricoles. Ils ne s’acharnent plus – même clandestinement – sur les arbres pour vendre le bois de chauffe ou le bois d’œuvre. Tant ils comprennent que l’utilisation de la forêt à bon escient rapporte des revenus nécessaires à la satisfaction de leurs besoins. “Il est un peu plus facile qu’auparavant pour nous d’acheter les intrants agricoles. Les petits besoins familiaux aussi ne sont plus un souci majeur. Dans tous les cas, notre situation économique s’est améliorée par rapport aux années antérieures“, confie Dadjièbe Lampouguini, au nom de ses camarades de coopérative avant d’ajouter une note d’espoir : “Petit à petit, nous évoluerons dans le domaine, et notre miel sera mieux connu partout au Togo et ailleurs“.

Une denrée très prisée

Le miel est, de nos jours, une denrée alimentaire recommandée mais rare, en d’autres termes, disponible en faible quantité avec une qualité souvent approximative compte tenu des techniques de récolte désuètes. Localement, le marché du miel « artisanal » est diffus, la commercialisation se faisant de bouche à oreille, au bord des champs, étant donné qu’il n’est pas considéré comme un aliment mais plutôt comme un complément alimentaire voire un médicament.

Comme perspective, la GEVAPAF ambitionne de mettre sur pied une véritable filière apicole à l’échelle régionale avec la création de labels de qualité, un réseau de commercialisation et de distribution ainsi que l’organisation des apiculteurs en entrepreneurs. C’est, en définitive, une initiative louable d’autant plus qu’au-delà du fait de retenir les jeunes dans leur milieu natif tout en leur garantissant des revenus subséquents, elle favorise l’utilisation durable et un partage équitable des responsabilités et des bénéfices découlant de la gestion de la diversité biologique.

Jacques Sourou DOUTI

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