Dr DIWEDIGA Badabaté engagé pour la cause de la nature et des paysans.

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Sur les traces d’un environnementaliste togolais

Reconnue comme une richesse à part entière, la terre est constituée de divers éléments qui en font un patrimoine naturel à préserver à tout prix. Cependant, au regard de l’exploitation abusive et anarchique des ressources naturelles orchestrée par l’homme, de nouvelles approches doivent être appliquées afin de conserver et de restaurer les écosystèmes en perpétuelle dégradation. Dr Badabaté DIWEDIGA a fait sien la problématique de pérennisation et de conservation des terres et du paysage. Il a expérimenté et évalué diverses techniques de conservation des terres qu’il compte faire bénéficier aux communautés agricoles à grande échelle. Ses recherches lui ont valu, à juste titre, le prix 2020 TWAS – Samira Omar Innovation for Sustainability.

A la découverte d’un scientifique environnementaliste

Professeur assistant au laboratoire de Botanique et d’Ecologie végétale à l’Université de Lomé, Dr DIWEDIGA Badabaté est un spécialiste de l’environnement de nationalité togolaise. Né à Kétao, dans la préfecture de la Binah, dans la zone Nord du Togo, il nourrit une passion pour la nature depuis ses années scolaires. Une passion qu’il a approfondie en se spécialisant dans la connaissance des écosystèmes et leurs fonctions ainsi que la conservation des terres. Le défi de cet environnementaliste est d’inculquer aux agriculteurs des notions efficaces contre la dégradation et l’appauvrissement des sols. 

Passion et source d’inspiration

            Le choix du Dr DIWEDIGA pour le domaine de l’environnement n’est pas le fruit du hasard, mais provient plutôt de l’influence du milieu où il a grandi. « J’ai passé la majeure partie de mon enfance et de mes études entre le septentrion et le Sud du Togo, dans des zones rurales qui ont eu beaucoup d’impacts sur ma carrière professionnelle. J’ai constaté à quel point la population est sous informée puisqu’elle recourt à des pratiques agricoles agressives et à la collecte de bois pour la production de charbon de bois. Il faut que la donne change. »

 Après l’obtention de son Baccalauréat deuxième partie, série scientifique, en 2004, il s’est orienté vers la Faculté des Sciences naturelles, option Gestion de l’Environnement, à l’Université de Lomé. Il obtint sa maîtrise en 2008 et le diplôme d’étude approfondie (DEA) en 2010 dans le même Institution universitaire.

En quête de perfection et de solutions idoines contre la dégradation des sols, il a poursuivi ses études à l’Université des Sciences et Technologies Kwame Nkrumah au Ghana, grâce à une bourse d’études octroyé par le gouvernement allemand. De là, il décroche son Doctorat sur le changement climatique et l’utilisation des terres en 2016. L’environnementaliste qu’il est devenu, au fil du temps, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. C’est dans ce sillage qu’il saisit les opportunités qui s’offrent à lui en postulant à des programmes post-Doctorat. Tout ceci au profit de la nature et des agriculteurs dont il veut servir la cause.

Engagé pour la préservation et la conservation durable des sols

Faire respecter les réglementations environnementales et trouver des solutions pratiques contre les dégradations et les pollutions en milieu végétal, telles sont les missions prioritaires que s’est assigné Dr DIWEDIGA.

Au cours de ses travaux, il a relevé que la pauvreté des sols et la dégradation de l’environnement dans plusieurs régions sont dues à l’épuisement des forêts et à la surexploitation des terres. « L’épuisement des ressources forestières est la cause des pratiques agricoles agressives, j’ai pris sur moi d’encadrer les agriculteurs afin de les inculquer de nouvelles méthodes et aussi, les informer des conséquences néfastes liées aux pratiques conventionnelles qui ont été perpétuées depuis des décennies ».

En collaboration avec le service de gestion des écosystèmes par les technologies de l’information de l’Université des sciences et des technologies de Zurich en Suisse et l’Association “Etoile Verte” au Togo, il fait partie de l’équipe de recherche qui mène les études sur l’adoption des bonnes pratiques, afin d’assurer à l’agriculture une pérennité certaine.

Un modèle innovant pour anticiper les solutions adéquates

Afin de mieux cerner le phénomène d’érosion terrestre et l’appauvrissement des sols, le bassin du fleuve Mo, au centre du Togo, lui a servi de champ d’expérimentation.

Selon son approche, quatre niveaux sont importants pour une étude approfondie.  La première consiste à relever la croissance et les pertes de la végétation. Deuxièmement, faire l’inventaire des espèces forestières afin de mieux appréhender l’étendue de l’impact humain sur la végétation du bassin. En troisième lieu, il faut acquérir les indications sur la résistance du sol et enfin, prévoir les interventions possibles à proposer non seulement aux communautés locales mais aussi à d’autres communautés rurales du Togo affectées par le même phénomène.

C’est en cela que le modèle dit RUSLE (Revised Universal Soil Loss Equation) lui a servi de repère. La mise en œuvre des bonnes pratiques passent par quatre approches essentielles notamment : « l’approche physique des terres consiste en la construction de certaines infrastructures afin d’empêcher l’érosion et la dégradation des sols. L’approche végétative ou biologique qui met l’accent sur la culture des végétaux et des plantes locales, afin d’empêcher l’érosion du sol et de conserver les terres.  La troisième approche est celle dite agronomique. Dans ces conditions précises, c’est l’intégration des cultures spécifiques comme les céréales, pour la fertilisation des sols. Et en dernier ressort, l’approche de gestion s’intéresse aux changements des productions céréalières dès le constat de la pauvreté des sols pour une durée de cinq années ».

Pour lutter efficacement contre la dégradation des sols et du paysage et prévenir l’érosion, le Dr Badabaté DIWEDIGA recommande essentiellement de se départir de certaines pratiques en l’occurrence : Eviter au maximum la culture sur les berges des rivières ainsi que la déforestation. Aussi, le plant des arbres sur les pentes au bord des courants d’eau est à éviter. De même, il préconise la création des paysages socio-écologiques durables.

Sa vision est de s’investir pour préserver et sauvegarder les terres et les paysages non seulement au Togo, mais également en Afrique et de par le monde entier. Et ce, à travers une approche participative et inclusive c’est-à-dire en intégrant tous les acteurs impliqués à la cause de l’environnement.

Quelques distinctions

Dans son parcours éloquent, Dr DIWEDIGA a reçu des prix honorifiques qui font de lui une voix autorisée dans le cercle prestigieux des environnementalistes.

Honoré pour ses travaux remarquables à travers le prix Green Talents Awards 2018 in Sustainability Research, en 2019, il décroche la bourse internationale du président de l’Académie Chinoise des Sciences (CAS). Par la suite, il est qualifié de chercheur dans le cadre du Partenariat International pour la Gestion des Ecosystèmes du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE-PMEI), en Chine.

En 2020, il remporte le prix 2020 TWAS – Samira Omar Innovation for Sustainability. Un prix octroyé pour la promotion de la gestion durable des terres en vue de l’innovation agricole, de la transformation rurale et de l’atténuation du changement climatique en Afrique.

Birénam KODO

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